La coalition Publiez Ce Que Vous Payez Sénégal a organisé à Rufisque–Bargny un forum communautaire pour la dissémination du rapport ITIE 2024. Cette rencontre, tenue au cœur d’une zone à forte activité minière et industrielle, a mis en lumière la contribution record du secteur extractif, estimée à 456 milliards de francs CFA, ainsi que le rôle stratégique de la SOCOCIM dans l’économie nationale. Toutefois, cette dynamique économique contraste avec les inquiétudes persistantes des populations locales, qui dénoncent les impacts environnementaux et sanitaires liés aux activités extractives et appellent à davantage de transparence et de responsabilité.
La présentation officielle du rapport ITIE 2024, douzième du genre depuis l’adhésion du Sénégal à cette norme internationale de transparence, intervient dans un contexte économique inédit. Pour la première fois, le pays bénéficie des retombées directes de l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, amorçant une transformation structurelle de son économie.
En 2024, le secteur extractif a généré 456 milliards de francs CFA de recettes, soit une progression remarquable, avec notamment une hausse de plus de 44 milliards de francs CFA pour le sous-secteur des hydrocarbures. Cette évolution traduit l’impact des premiers flux financiers issus de l’exploitation pétrolière et confirme le rôle central des ressources naturelles dans la mobilisation des ressources domestiques.
Lors de la cérémonie de dissémination, les autorités ont salué l’engagement de la société civile, notamment la coalition Publiez Ce Que Vous Payez Sénégal, dont la contribution est jugée essentielle pour renforcer la transparence et la redevabilité dans la gouvernance du secteur extractif.
Au-delà de leur histoire industrielle, Rufisque et Bargny occupent aujourd’hui une place stratégique dans le paysage extractif national. La zone abrite plusieurs infrastructures majeures, dont les carrières de Bargny, le port minéralier et vraquier, ainsi que le bloc Rufisque Offshore, objet d’un contrat de recherche et de partage de production signé en 2017 avec TotalEnergies, en partenariat avec Petrosen et Petronas.
Ces projets structurants devraient renforcer durablement le tissu économique local et contribuer à l’intégration du Sénégal dans les chaînes de valeur mondiales des industries extractives.
La SOCOCIM, filiale du groupe VICA, s’impose comme un acteur majeur du secteur extractif. En 2024, l’entreprise a versé 45,7 milliards de francs CFA aux régies financières, représentant 12,8 % des recettes du secteur minier et 11 % des revenus extractifs totaux.
Cependant, le rapport ITIE souligne une particularité importante : l’essentiel de ces recettes provient de la fiscalité indirecte appliquée au ciment, et non directement de l’exploitation du calcaire. Cette situation pose la question de l’optimisation de la captation de la rente minière et de l’efficacité des mécanismes fiscaux appliqués aux ressources naturelles.
Au-delà de sa contribution fiscale, la cimenterie joue un rôle structurant dans l’économie locale. Elle totalise 747 milliards de francs CFA d’achats auprès de fournisseurs nationaux et emploie plus de 2 500 personnes, dont près de 70 % sont originaires du département de Rufisque. L’entreprise contribue également aux exportations régionales, notamment vers le Mali, la Gambie, la Mauritanie et la Guinée.
Des inquiétudes persistantes des populations locales
Malgré ces retombées économiques significatives, les populations de Rufisque et Bargny dénoncent les impacts environnementaux et sanitaires liés aux activités de la cimenterie.
« Les impacts des activités de la SOCOCIM sont dévastateurs sur le plan environnemental et sanitaire. C’est une problématique sérieuse qui contribue à la dégradation de la santé des communautés », alerte Ndeye Yacine Dieng, habitante et militante de Bargny.
Ces inquiétudes sont renforcées par l’absence d’informations détaillées sur les paiements environnementaux de l’entreprise dans le rapport ITIE 2024, alimentant les préoccupations des communautés locales quant au respect des normes environnementales.
La transparence comme levier de gouvernance
La dissémination du rapport ITIE vise précisément à rapprocher l’information des citoyens et à renforcer la compréhension des flux financiers générés par l’exploitation des ressources naturelles. Elle s’inscrit dans une démarche de gouvernance plus inclusive et responsable, à mesure que le Sénégal consolide sa position de nouveau producteur d’hydrocarbures.
Dans un contexte marqué par l’expansion des projets extractifs, l’enjeu pour les autorités reste désormais de concilier performance économique, transparence financière et protection des communautés locales, afin de garantir que les ressources naturelles contribuent pleinement au développement durable du pays.
Madiop



