La baisse récente du prix de l’électricité au Sénégal a été saluée comme un geste en faveur du pouvoir d’achat. Mais selon l’ingénieur électricien Mbaye Hadj, son impact réel sur le quotidien des ménages reste limité et pourrait rapidement s’estomper avec le retour des fortes chaleurs.
En cause, le périmètre restreint de la mesure. La réduction tarifaire concerne essentiellement la première tranche de consommation, fixée à 150 kilowattheures. Une situation qui profite surtout aux petits consommateurs, dans un contexte où la période relativement fraîche réduit la demande en électricité. Or, prévient l’ingénieur, cette baisse est conjoncturelle. Dès que les températures augmenteront, l’usage des climatiseurs et des ventilateurs fera basculer de nombreux foyers dans les tranches supérieures, non concernées par la réduction, annulant de facto l’effet recherché sur les factures.
Pour Mbaye Hadj, le problème réside dans la structure même de la tarification. Tant que le système restera segmenté en plusieurs tranches, les baisses de prix ne pourront avoir qu’un impact partiel. Il plaide pour une tarification unifiée, avec une seule tranche, à l’image de ce qui se fait en Côte d’Ivoire. Une telle réforme permettrait, selon lui, que toute réduction décidée par l’État se répercute effectivement sur l’ensemble des consommateurs.
L’ingénieur tient toutefois à nuancer les critiques. Cette baisse, même ciblée, représente un effort réel pour la Société nationale d’électricité. Elle implique des renoncements financiers et réduit les marges de la Senelec, dont la situation reste contrainte par les coûts de production. Il existe donc des limites économiques au-delà desquelles l’entreprise ne peut aller sans fragiliser son équilibre financier.
Au-delà des ajustements tarifaires ponctuels, Mbaye Hadj estime que la seule voie vers une baisse durable et significative du prix de l’électricité passe par une réforme structurelle du secteur. Celle-ci repose principalement sur la stratégie « gas to power », qui vise à utiliser le gaz naturel national pour produire de l’électricité à moindre coût. Or, sur ce volet, le Sénégal accuse un retard. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim n’a pas été suffisamment orienté vers la consommation domestique, tandis que la stratégie énergétique s’est largement concentrée sur le projet Yakaar-Teranga, dont le démarrage tarde.
Dans ce contexte, l’ingénieur salue la volonté affichée par le gouvernement, sous l’impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, de renégocier les conditions d’approvisionnement afin que le gaz profite davantage à la production nationale d’électricité. Une démarche complexe, mais qu’il juge possible, à condition d’une négociation ferme et cohérente avec les intérêts nationaux.
Enfin, Mbaye Hadj insiste sur la nécessité de diversifier les sources d’énergie, en accélérant le recours aux énergies renouvelables, notamment le solaire. Chaque année, l’État consacre des milliards de francs CFA à la subvention de l’électricité. Une réorientation progressive de ces ressources vers l’accompagnement des ménages pour l’accès au solaire pourrait, selon lui, renforcer durablement le pouvoir d’achat et réduire la pression sur le réseau électrique. Cette option suppose toutefois un investissement accru dans la recherche et l’industrialisation locale, afin de limiter la dépendance aux importations d’équipements.
En définitive, la baisse actuelle du prix de l’électricité apparaît comme une mesure d’urgence plus que comme une solution de fond. Sans réforme de la tarification, sans mise en œuvre effective du gas to power et sans transition énergétique maîtrisée, son impact sur les ménages restera marginal.
Yanda Sow


