L’annonce du Premier ministre devant l’Assemblée nationale sur la volonté de l’État du Sénégal de trouver les moyens de développer lui-même le projet gazier Yaakar-Teranga traduit une réalité devenue incontournable , le désengagement progressif des investisseurs internationaux des énergies fossiles. Pour Dr Pape Fara Diallo président de publiez ce que vous payez sénégal, cette orientation apparaît moins comme un choix stratégique que comme une contrainte imposée par l’évolution du marché mondial de l’énergie.
Selon l’expert, le Sénégal s’est retrouvé dans une situation où les blocs mis en concurrence peinent à attirer des partenaires. « Le Sénégal n’a pas le choix pour ce projet parce qu’ils l’ont mis sur le marché et ils n’ont pas trouvé preneur », explique-t-il. Cette situation s’inscrit dans une tendance mondiale marquée par un désengagement massif des grandes banques et des compagnies pétrolières internationales vis-à-vis des énergies fossiles.
Ce désintérêt s’explique par l’accélération de la transition énergétique. « Il y a un processus de sortie progressive des énergies fossiles pour aller vers les énergies renouvelables. Les grandes compagnies misent désormais davantage sur les minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique, comme le lithium, le cobalt ou le manganèse », souligne Dr Diallo.
Des multinationales comme Total Energies ont d’ailleurs engagé des stratégies de transformation visant la neutralité carbone à l’horizon 2040, illustrant ce repositionnement global vers les énergies renouvelables.
Dans ce contexte, la compagnie nationale Petrosen apparaît comme un acteur clé pour porter le développement du projet. Selon Dr Diallo, deux options s’offrent désormais à l’État du Sénégal : financer directement le projet ou mettre en place un partenariat stratégique.
« L’État devra soit lever des fonds pour permettre à Petrosen de développer les infrastructures d’exploration et d’exploitation, ce qui coûte extrêmement cher, soit trouver un partenaire dans un joint-venture où Petrosen pourrait être majoritaire, tout en bénéficiant de capacités techniques et financières extérieures », précise-t-il.
Cette montée en puissance de Petrosen s’inscrit déjà dans la dynamique observée sur certains blocs, où la compagnie nationale a tenté d’augmenter ses parts après le retrait ou la prudence de certains investisseurs.
Le projet Yaakar-Teranga revêt une importance capitale pour la stratégie énergétique du Sénégal. Il devrait constituer la principale source d’approvisionnement en gaz pour le marché domestique, notamment dans le cadre des programmes « Gas to Power », « Gas to Industry » et « Gas to Agriculture ».
« Une bonne partie de la consommation domestique de gaz devrait provenir de ce projet. Il est central pour soutenir l’industrialisation, la production d’électricité et la transformation économique du pays », indique Dr Diallo.
Cette orientation s’explique aussi par la configuration actuelle du projet Grand Tortue Ahmeyim, développé par BP et Kosmos Energy, dont une grande partie de la production est destinée à l’exportation, en raison d’engagements commerciaux déjà conclus avec des acheteurs internationaux.
Pour Dr Diallo, la volonté affichée par les autorités sénégalaises de développer Yaakar-Teranga traduit une stratégie de rattrapage visant à renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Toutefois, cette ambition se heurte à des contraintes financières et techniques majeures. Le développement d’un projet gazier offshore nécessite des investissements de plusieurs milliards de dollars, ainsi que des capacités technologiques avancées.
Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et le désengagement progressif des acteurs traditionnels des hydrocarbures, le Sénégal se trouve ainsi à un tournant décisif. Le succès du projet Yaakar-Teranga dépendra de la capacité de l’État à mobiliser des financements, renforcer Petrosen et établir des partenariats stratégiques adaptés.
Au-delà des enjeux économiques, ce projet apparaît désormais comme un pilier central de la politique énergétique nationale et un levier essentiel pour soutenir l’industrialisation et la transformation structurelle de l’économie sénégalaise.
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