À Saint-Louis, l’installation des récifs artificiels avance, mais le choix du site continue de créer des tensions entre BP et les pêcheurs. Une expertise indépendante a été mandatée pour arbitrer, et les discussions laissent entrevoir un début de consensus.
Au large de Saint-Louis, l’avenir des récifs artificiels se joue entre deux visions du monde : celle de la science et celle des pêcheurs qui vivent la mer au quotidien. Depuis des mois, BP et les communautés de pêche s’opposent sur l’endroit exact où doivent être installés ces récifs censés revitaliser les fonds marins et soutenir la pêche artisanale affectée par le projet gazier.
La secrétaire générale du CLPA, Fama Sarr, porte la voix des pêcheurs avec fermeté. Pour elle, l’emplacement proposé par BP, à 4,5 km, ne respecte ni les réalités de la mer ni l’expérience de ceux qui la parcourent depuis l’enfance. « Nous ne parlons pas pour parler. Nous savons où les poissons vivent, où les fonds tiennent et où la mer rejette tout ce qu’on installe au mauvais endroit », explique-t-elle avec une détermination qui traduit la confiance des pêcheurs dans leurs connaissances empiriques. La communauté insiste : les récifs doivent être placés à 6 km, là où, selon eux, « la mer respire mieux ».
En face, BP et les autorités avancent des arguments techniques. Les études menées par le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) ont classé les sites potentiels, et les données scientifiques sont claires : le site souhaité par les pêcheurs se trouve sur un fond boueux, instable pour accueillir des récifs, alors que l’emplacement proposé par BP repose sur un substrat rocheux, considéré comme idéal. Une source proche du dossier confie sous anonymat : « Les études ont tranché. On sait où les récifs tiendront. Il ne devrait plus y avoir de retard maintenant. »
Mais à Saint-Louis, rien n’avance sans discussion collective. Lors de la dernière réunion du Comité Régional de Concertation, les deux camps ont accepté de confier l’arbitrage à une tierce expertise, la Direction de la Gestion des Fonds Marins (DGFM). Ses plongeurs sont descendus vérifier les fonds, et leurs conclusions ont confirmé celles des scientifiques, donnant un avantage à la proposition initiale de BP. Le gouverneur a donc demandé de commencer par une phase d’essais pilotes, pour tester le comportement des récifs en conditions réelles avant d’aller plus loin.
Sur le terrain, les discussions se poursuivent. Il y a encore des réticences, parfois de la méfiance, mais les lignes commencent à bouger. Les pêcheurs n’ont pas renoncé à se faire entendre, mais certains reconnaissent qu’un compromis devient possible si les essais prouvent que le site rocheux est réellement adapté. Dans un contexte où chaque décision touche directement la survie économique des familles, l’émotion se mêle aux arguments techniques.
À Saint-Louis, la mer n’est jamais simple. Elle est à la fois nourricière, imprévisible et profondément politique. L’installation des récifs artificiels en est l’illustration parfaite : une décision où se rencontrent science, traditions, intérêts et espoirs. Et même si les divergences persistent, les discussions montrent qu’un consensus n’est plus hors de portée.
Yanda Sow
