dimanche, juillet 14, 2024
spot_img
AccueilACTUALITÉLe Sénégal entre dans l'ère pétrolière : enjeux et avantages à comprendre...

Le Sénégal entre dans l’ère pétrolière : enjeux et avantages à comprendre par la population

  Le 11 juin 2024 marque une date historique pour le Sénégal. En effet, le pays vient d’entrer officiellement dans le cercle restreint des nations productrices de pétrole avec la production du premier baril de pétrole du gisement de Sangomar. Cet événement suscite de nombreux espoirs, mais également des préoccupations légitimes. Il est crucial de sensibiliser la population sénégalaise aux enjeux socio-économiques et sécuritaires liés à l’exploitation de cette ressource précieuse.

Ces enjeux socio-économiques et sécuritaires de l’exploitation pétrolière sont nombreux et divers.

  D’abord, les enjeux socio-économiques peuvent être identifiés à ses trois niveaux : la diversification de l’économie, l’impact sur le marché du travail et les inégalisés économiques. 

Diversification de l’économie : La découverte et l’exploitation du pétrole représentent une opportunité pour diversifier l’économie sénégalaise, traditionnellement basée sur l’agriculture et les services. Cette diversification permettra de réduire la dépendance à un nombre limité de secteurs et de renforcer la résilience économique face aux chocs externes. Elle peut se faire suivant différentes stratégies comme : développer les secteurs non-traditionnels (industries de haute technologie, tourisme et culture, services Financiers), encourager l’innovation et l’entrepreneuriat (création incubateurs et accélérateurs, politiques fiscales favorables), renforcer l’éducation et la formation (centres et instituts de formations aux métiers du pétrole et gaz),  diversifier les exportations (accords commerciaux, produits diversifiés), investir dans les infrastructures (infrastructures de transport, technologies de l’information et de la communication), politiques publiques et gouvernance (stabilité politique, régulation et concurrence), développement rural et agricole (modernisation de l’agriculture, diversification des cultures), encourager les investissements étrangers (création de zones économiques, partenariats Public-Privé), développer l’économie verte (énergies renouvelables, industries durables), etc. Cependant, il est essentiel de veiller à ce que la « malédiction des ressources » ne frappe pas notre pays, où la dépendance excessive aux revenus pétroliers pourrait nuire aux autres secteurs économiques.

La Norvège est un exemple typique de diversification économique grâce à l’exploitation du pétrole. En effet, la Norvège a utilisé ses revenus pétroliers pour créer un fonds souverain de plus de 1.395 milliard d’euros, le Government Pension Fund Global, qui investit dans une variété de secteurs à l’échelle mondiale. Cela a permis à la Norvège de ne pas dépendre uniquement du pétrole, diversifiant ainsi son économie et assurant une stabilité financière pour les générations futures. C’est l’occasion pour nous de saluer la mise en place par l’état du Sénégal du Fonds Souverain Intergénérationnel qui sera alimenté par les 10% de ses revenus issus de l’exploitation du pétrole et du gaz.

Impact sur le marché du travail : L’industrie pétrolière est susceptible de créer de nombreux emplois, tant directs qu’indirects. Toutefois, il est impératif de développer des programmes de formation pour que la main-d’œuvre locale puisse accéder à ces emplois hautement qualifiés. Les Émirats Arabes Unis (EAU) en sont une belle preuve. Ils ont investi massivement dans l’éducation et la formation professionnelle pour permettre à leur population d’accéder aux emplois dans le secteur pétrolier. Des initiatives telles que l’Institut pétrolier d’Abu Dhabi ont été créées pour former des ingénieurs et des techniciens qualifiés. La création de l’INPG (Institut Nationale du Pétrole et du Gaz) est bonne anticipation faite par l’état du Sénégal.

Inégalités économiques : La gestion des revenus pétroliers doit être transparente et équitable pour éviter l’accentuation des inégalités sociales. Des mécanismes de redistribution équitables, comme des fonds souverains ou des programmes sociaux ciblés, peuvent aider à garantir que les bénéfices du pétrole profitent à l’ensemble de la population.

Le Botswana peut servir de benchmark avec l’exploitation du diamant. En fait, bien que le Botswana ne soit pas un pays producteur de pétrole, il a réussi à utiliser les revenus de ses mines de diamants pour financer des programmes de développement social et économique. Les revenus sont utilisés pour des projets d’infrastructure, de santé et d’éducation, réduisant ainsi les inégalités.

Ensuite, les enjeux sécuritaires constituent un défi majeur : stabilité régionale, protection des infrastructures d’exploitation et l’environnement…

Stabilité régionale : L’afflux de richesses peut susciter des tensions régionales, notamment dans les zones productrices. Il est crucial de mettre en place des stratégies de développement local pour apaiser les éventuelles frustrations et garantir une répartition équitable des bénéfices. Et surtout de sensibiliser la population avec une bonne communication pour leur permettre de comprendre les contrats signés et les avantages qui en découle. Déjà une majorité de nos compatriotes ne comprend le CRPP (Contrat de Recherche et de Partage de Production) signé par l’Etat du Sénégal avec les opérateurs pétroliers (contractant). Elle pense que le Sénégal ne profitera que de 18% des recettes du projet de Sangomar. Ce qui est faux si l’on sait que ces 18% est la part de PETROSEN (Société des Pétroles du Sénégal, appartenant à l’état sénégalais) dans le contractant avec Woodside qui détient les 82% ; et qu’en termes de bénéfices l’Etat du Sénégal sera le plus gagnant en considérant sa part dans le Profit-Oil plus la part de PETROSEN dans le Profit-Oit et le Cost-Oil et les taxes, comme l’Impôt sur les Sociétés (IS) qui est de 30% des bénéfices des entreprises, que l’opérateur versera à l’Etat du Sénégal. Nous allons plus développer cette question en bas.

Le Nigéria doit nous servir de leçon concernant la stabilité sociale. Ce pays a connu des tensions et des conflits dans la région du delta du Niger en raison de la mauvaise gestion des revenus pétroliers. Cela montre l’importance de la mise en place de politiques inclusives et de développement local pour éviter les tensions régionales.

Protection des infrastructures : La sécurisation des installations pétrolières et des infrastructures connexes doit être une priorité. Des mesures doivent être prises pour prévenir le sabotage, le vol de pétrole et les actes de terrorisme. Dans ce sens la surveillance maritime doit être renforcée. Et surtout la sécurité des infrastructures doit être entièrement assurée par l’armée sénégalaise pour éviter toute sorte mépris.

On se rappelle des attaques de drones des deux installations pétrolières du géant saoudien Aramco, du samedi 14 septembre, à Abqaiq et à Khurais, dans l’est de l’Arabie Saoudite. Les conséquences de ces attaques ont été en tout cas sans précédent pour le royaume, forcé de réduire de moitié sa production de pétrole. Ce qui avait également affecté le reste du monde, le marché étant privé de 5,7 millions de barils de brut par jour, soit près de 6 % de la production journalière mondiale d’or noir.

Environnement : La production pétrolière comporte des risques environnementaux majeurs, tels que les marées noires et la pollution. Un cadre réglementaire strict et des technologies avancées doivent être mis en œuvre pour minimiser ces risques. Une marée noire par exemple entrainerait une dégradation du biotope et de l’écosystème via l’asphyxie du milieu, puis la destruction des fonds marins et de l’habitat de nombreux animaux. En 1999, le naufrage de l’Erika au large de Penmarch (Finistère) a libéré près de 20 000 t de fioul qui ont pollué 400 km environ de côtes du Finistère, du Morbihan, de la Loire-Atlantique et de la Vendée, et provoqué la mort de plusieurs centaines de milliers d’oiseaux.

  Nonobstant tous ces enjeux et défis cruciaux qui attend le Sénégal dans l’exploitation pétrolière, les avantages potentiels à en tirer sont nombreux.

L’exploitation du pétrole peut considérablement booster la croissance économique du Sénégal. Avec le projet Sangomar une production de 100 000 barils/jour est visée pour un prix actuel de 80 dollars le baril sur le marché mondial. Il est à noter que le prix du baril actuel est avantageux pour le Sénégal car le projet Sangomar a été évalué sur la base d’une hypothèse de 65 dollars le baril du pétrole.

Dans ce projet l’Etat du Sénégal a signé un CRPP (Contrat de Recherche et de Partage de Production) avec un contractant composé de PETROSEN avec un actionnariat de 18% et Woodside opérateur principal avec une part de 82%. La répartition des revenus de la première phase de l’exploitation du gisement prévue sur 25 ans est ainsi retenue selon le CRPP : 75 % pour le Cost Oil (coûts pétroliers) et 25% pour le Profit Oil (profit pétrolier ou bénéfices). En effet dans ce type de contrat la production est divisée en deux parties. Une part pour les coûts pétroliers (Cost Oil) et une part pour le profit ou bénéfice pétrolier (Profit Oil).

Et avec la production journalière de 100 000 barils, les 25% du Profit Oil reviennent à l’état du Sénégal plus les 18% de PETROSEN dans le contractant. Ce qui va générer d’importants revenus pour le Sénégal : soit 43% du Profit Oil. Et ceci est en dehors des impôts et taxes que les opérateurs vont payer à l’Etat du Sénégal. Sans oublier aussi que dans les le Cost Oil (75% des revenus pétrolier) la PETROSEN en dispose les 18% ; ce qui va revenir encore à l’Etat du Sénégal.

Les recettes générées peuvent être investies dans des projets d’infrastructures, d’éducation, de santé et d’autres secteurs essentiels pour diversifier l’économie, améliorant ainsi le niveau de vie de la population. Elles peuvent être un levier important de création d’emplois. La nouvelle industrie pétrolière peut créer des milliers d’emplois, tant dans le secteur de l’extraction que dans les industries connexes comme la pétrochimie. Cela peut réduire le chômage et augmenter le revenu des ménages.

L’exploitation pétrolière et gazière aussi jouera un rôle crucial dans l’autosuffisance énergétique du pays, notamment pour l’électricité. En développant ses ressources pétrolières et gazières, le Sénégal peut réduire sa dépendance aux importations d’énergie coûteuses, stabiliser les prix de l’électricité et assurer une production électrique plus fiable. Les statistiques de l’AFREC pour 2020 montrent que la production de pétrole brut du Sénégal était de 1 561 ktep, et que le pays a importé 3 273 ktep de pétrole brut et 385 ktep de produits pétroliers. D’où la nécessité de réduire notre dépendance d’énergie vis à de l’extérieur. Le projet « Gas to Power » avec le gaz des champs de Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim,(GTA) est essentiel pour atteindre cet objectif. De plus, l’augmentation de la production locale d’énergie contribue à la croissance économique, à la création d’emplois et à l’amélioration des infrastructures énergétiques.

En outre, l’exploitation du pétrole peut permettre le renforcement de la position géopolitique du Sénégal. En effet, en devenant un producteur de pétrole, le Sénégal peut renforcer sa position sur la scène internationale. Les alliances stratégiques et les partenariats économiques avec d’autres nations peuvent être renforcés, apportant des bénéfices supplémentaires en termes de sécurité et de développement économique.

 En sommes l’entrée du Sénégal dans le club des producteurs de pétrole est une opportunité historique. Toutefois, elle s’accompagne de défis majeurs. Une gestion avisée, transparente et équitable des ressources pétrolières est essentielle pour garantir que cette richesse bénéficie à l’ensemble de la population. En même temps, les avantages potentiels en termes de croissance économique, de création d’emplois et de développement des infrastructures peuvent transformer le Sénégal en une économie plus prospère et résiliente. Le défi est grand, mais les opportunités le sont tout autant.

 

Par Ousseynou SOKHNA

Jeune Ingénieur Géologue, passionné du secteur Oil and GAS

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Most Popular

Recent Comments