Accueil MINES ET GÉOLOGIE Kédougou: PCQVP mise sur la promotion du contenu local pour le développement économique de Sabodala

Kédougou: PCQVP mise sur la promotion du contenu local pour le développement économique de Sabodala

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À Sabodala, au cœur de la région minière de Kédougou, les populations affectées par l’exploitation aurifère ont profité d’un forum d’échanges pour faire entendre une voix longtemps restée en marge des discours officiels.

Organisée par la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) Sénégal, en partenariat avec la Commission énergie et ressources minérales de l’Assemblée nationale, la rencontre a mis en lumière le décalage persistant entre les engagements pris par les entreprises minières et la réalité vécue par les communautés locales.

Le chef du village de Sabodala, M Sara Cissokho, soutient que malgré les nombreuses démarches entreprises, les entreprises locales n’ont pas de réelles opportunités pour soumissionner aux marchés miniers. Une situation qu’il juge injuste et incompréhensible. « Nous ne savons pas comment faire pour gagner des marchés avec l’entreprise SGO bien que nous ayons tout tenté. A ce jour, seuls deux entrepreneurs de la localité parviennent à décrocher des contrats auprès de SGO sur plus d’une vingtaine de fournisseurs avec qui ils travaillent » affirme M Cissokho

Une réalité qui, selon les communautés, ne reflète ni les promesses faites lors de la délocalisation du village ni les engagements d’accompagnement économique annoncés par la société minière.  Cissokho dénonce. Selon lui

C’est dans ce contexte de frustrations que les données du dernier rapport annuel de l’ITIE Sénégal ont été rappelées au cours des échanges. Elles font état de 2 135 milliards de FCFA distribués aux fournisseurs du secteur extractif, dont 1 110 milliards de FCFA attribués à des entreprises locales, soit un peu plus de 51 %. Une première à l’échelle nationale, où les entreprises sénégalaises dépassent désormais les entreprises étrangères en part de marché. Des chiffres qui contrastent fortement avec la réalité décrite par les entrepreneurs et les communautés de Sabodala.

Au-delà de l’accès aux marchés, les populations ont dressé un constat sévère des impacts de l’exploitation minière sur leurs conditions de vie. Elles rappellent que l’implantation de la mine, initialement présentée comme un moteur de développement local, a entraîné la disparition progressive de leurs principales activités économiques, notamment l’agriculture, l’orpaillage traditionnel et l’élevage. Un arrêté préfectoral pris en décembre 2016, dans le cadre de la délocalisation annoncée, a par ailleurs gelé pendant six ans tout investissement de développement local, plongeant le village dans un retard socio-économique durable. D’où l’impérieuse nécessité aujourd’hui de lever cette mesure injuste.

Le manque d’accès à l’eau potable figure parmi les préoccupations les plus pressantes. Depuis leur installation sur le nouveau site, les habitants de Sabodala affirment faire face à des pénuries récurrentes, aggravant un sentiment d’abandon déjà profondément ancré. La délocalisation est également décrite comme brutale et traumatisante, marquée par des violences, des arrestations et des destructions de biens, laissant des séquelles encore visibles au sein de la communauté.

Au nom de la jeunesse de Kédougou, Mamadou Ndiaye Keita a appelé la société minière à revoir en profondeur sa politique d’emploi et de contenu local afin d’offrir de réelles perspectives aux jeunes de la zone. Face à l’accumulation des griefs, les populations de Sabodala ont consigné l’ensemble de leurs doléances dans un mémorandum remis aux parlementaires et à PCQVP Sénégal. Elles y exigent notamment l’accès effectif à une eau potable abondante et durable, la mise en place d’un programme d’accompagnement économique, social et culturel, l’application réelle et prioritaire du contenu local, ainsi que l’emploi, la formation et la valorisation des jeunes et un soutien effectif aux entrepreneurs locaux.

Président de la Commission énergie et ressources minérales de l’Assemblée nationale, Babacar Ndiaye, à la tête d’une importante délégation parlementaire, a assuré avoir fait le déplacement pour écouter les communautés et comprendre leurs difficultés. Il a réaffirmé l’engagement des députés à porter ces revendications auprès des autorités compétentes et des sociétés minières, tout en veillant au respect strict des obligations légales qui encadrent l’exploitation des ressources naturelles au Sénégal.

Pour Tabara Sissokho, de l’antenne régionale de PCQVP à Kédougou, cette rencontre marque une étape importante dans la prise en compte des préoccupations des communautés. Elle s’inscrit, selon elle, dans une démarche de dialogue et de co-construction visant à faire du contenu local un véritable outil de développement dans les zones minières.

À Sabodala, le débat a ainsi mis en évidence une réalité persistante : tant que les bénéfices de l’exploitation minière ne se traduiront pas concrètement dans la vie des communautés, le contenu local restera, pour beaucoup, un engagement encore largement inachevé.

Ce forum, inscrit dans le cadre du programme PASC financé par l’Union européenne, avait pour objectif d’examiner le contenu local comme levier de développement communautaire dans les zones minières. Pour les habitants de Sabodala, le contenu local reste toutefois un principe largement théorique, notamment en ce qui concerne l’accès des entrepreneurs locaux aux marchés de la société Sabodala Gold Operations (SGO).

Yanda Sow

 

 

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