jeudi, mars 14, 2024
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Chaque année, des cas d’éboulement avec mort d’hommes sont déplorés dans les sites d’orpaillage. Mais au-delà du péril humain, l’environnement paie une lourde tribu avec la présence des orpailleurs et l’usage de produits nocifs. Les conflits avec les entreprises minières sont également fréquents. Ces investisseurs parlent d’un manque à gagner énorme avec des conséquences non négligeables. Reportage aux abords des gouffres à polémique.

 

Il faut marcher avec précaution, les yeux rivés vers le sol pour éviter les pièges. Ici, on est forcément frappé par la multitude de trous qui s’étendent au pied de la montagne, à la mine de Koonkoto à Mourang dans la région de Kédougou.

Des dizaines de galeries sont visibles un peu partout. Certaines d’entre elles atteignent des profondeurs de 30 à 40 mètres pour un diamètre de moins d’un mètre. Avec l’activité incessante, le vacarme des engins et des véhicules brise la quiétude de cette cité reculée, située à quelques kilomètres de la frontière sénégalo-malienne.

Pourtant, même avec ce tumulte, les galeries demeurent muettes, tels des tombeaux. Ce qui se passe à l’intérieur demeure un mystère pour tout étranger. Il est même difficile de savoir s’il y a des personnes à l’intérieur.

Des groupes de jeunes hommes, certains à peine adolescents mais aux allures imposantes, observent avec méfiance les étrangers qui arrivent sur leur territoire. Recouverts d’une couche de boue séchée, stigmates d’un passage dans les trous, se reposent sous des bâches pour se protéger du soleil brûlant de midi.

Nous sommes sur un site minier en cours de développement. La Compagnie Minière Koonkoto Gold Opération de l’ingénieur géologue sénégalais, Lamine Diack Diouf, s’installe sur une superficie de 500 mètres carrés. Elle se prépare à démarrer sa production.

Leurs visages fermés trahissent le sentiment de déception qui anime ces orpailleurs en voyant les équipes du géologue prendre le relais de l’exploitation. La présence des caméras n’arrange rien. Elle confirme leurs soupçons : c’est bientôt la fin de l’occupation de ce périmètre déjà attribué à une société minière.

Sous prétexte qu’ils ne parlent pas français, ils nous opposent un silence obstiné pour éviter toute interaction avec les étrangers.

 

Activité périlleuse et risquée

Des cas d’éboulement avec mort d’hommes sont relevés chaque année dans cette partie du Sénégal, notamment durant la saison pluvieuse. Les « Diouramans », comme on les appelle dans la région aurifère de Kédougou, viennent principalement des pays frontaliers du Sénégal et d’autres régions d’Afrique de l’Ouest, à la recherche du métal précieux. Dépourvus de moyens techniques et financiers, ils font preuve d’une grande ingéniosité pour repérer les sites potentiellement riches. Pour eux, pas besoin des méthodes sophistiquées des grandes compagnies minières. Il leur suffit de repérer un site prometteur pour se lancer dans l’exploitation.

Ces opérations, qui incluent les phases de sondage et de forage pour les grandes compagnies, sont beaucoup plus simples pour les « Diouramans ». Ils commencent souvent à creuser dès qu’ils estiment avoir trouvé un filon, parfois influencés par des informations mal interprétées. Accrochés à une corde rudimentaire, ils passent des heures sous terre dans des conditions pénibles, espérant trouver quelques pépites d’or.

Une fois le minerai extrait, il est transporté vers des zones où des équipements artisanaux de concassage sont installés. Les hommes travaillent dans des conditions difficiles, écrasant la roche dans des concasseurs rudimentaires avant de passer au lavage pour récupérer l’or. Ces opérations se déroulent sous une forte canicule avec une poussière et un vacarme assourdissant, sans échange de mots ni de regards.

Pourtant, malgré cette activité intense, il est difficile pour un observateur extérieur de voir l’or. La présence constante des « Diouramans » sur les lieux atteste pourtant de leur exploitation du métal précieux.

Après exploitation, ces trous sont laissés béants aux risques et périls de tout passant. Quelques temps après certains reviennent pour extraire du sable pour les besoins de la construction ou de la poterie. Malheureusement, pendant l’hivernage, ces galeries deviennent moins solides et s’effondrent causant des blessures graves et même des décès.

 

De l’art de faire fi du danger pour du profit

Selon des experts, l’orpaillage est bien plus organisé et complexe qu’on ne le pense. Les « Diouramans » investissent beaucoup d’argent dans leurs activités d’orpaillage, parfois sans autorisation officielle, nécessitant des bailleurs de fonds et des passeurs pour le transit de l’or.

Ces opérations peuvent avoir un impact considérable sur les estimations préalables des ingénieurs, ce qui préoccupe les compagnies minières officielles comme Koonkoto Gold Opération. M. Lamine Diack Diouf, PDG de la compagnie, appelle les autorités sénégalaises à protéger les investisseurs dans le secteur extractif, soulignant les risques environnementaux associés à l’orpaillage à Mourang.

Les conséquences économiques de l’orpaillage sauvage sur le site de Koonkoto Gold sont jugées désastreuses. Chaque jour, l’investisseur voit une part de son précieux or disparaître entre les mains des « Diouramans ». Cette situation constitue un véritable pillage économique, mettant en péril les investissements et les efforts déployés pour développer l’exploitation aurifère de manière légale et responsable, selon le géologue.

Diouf exprime sa frustration face à cette situation alarmante : « nous investissons des sommes considérables dans ce projet, mais nos efforts sont constamment sapés par l’activité illégale des orpailleurs. Cela compromet non seulement nos profits, mais aussi la viabilité même de notre entreprise. Nous ne pouvons plus tolérer cette situation qui nous porte préjudice. »

Il a également ajouté : « Si cette situation perdure, cela aura des répercussions désastreuses sur l’économie nationale et dissuadera les futurs investisseurs de venir au Sénégal. »

Un désastre Environnemental

En effet, l’orpaillage constitue un véritable problème environnemental à Mourang, mettant en péril la santé des travailleurs et dégradant les écosystèmes locaux. Des mesures sont nécessaires pour réguler cette activité et protéger les intérêts des compagnies légalement établies, tout en assurant un développement durable de la région.

La présence de ces centaines de trous abandonnés à Mourang constitue bien plus qu’une simple négligence environnementale. Ces gouffres béants, disséminés à travers le paysage, représentent une menace constante pour l’équilibre écologique de la région et pour la sécurité des habitants qui y vivent.

D’une part, ces puits abandonnés sont des pièges potentiels pour la faune locale. Les animaux errant à la recherche de nourriture ou de refuge peuvent facilement tomber dans ces gouffres profonds et se retrouver piégés, incapables de remonter à la surface. En conséquence, cela perturbe les chaînes alimentaires et peut conduire à une diminution de la biodiversité locale.

D’autre part, ces puits représentent également un danger pour les populations humaines vivant à proximité. En particulier pour les enfants qui, par curiosité ou par inadvertance, pourraient s’aventurer trop près du bord et chuter accidentellement dans le vide. De plus, ces structures abandonnées sont souvent instables, risquant de s’ébouler à tout moment et de causer des blessures graves, voire mortelles, à toute personne se trouvant à proximité.

En outre, ces puits abandonnés peuvent également contaminer les réserves d’eau souterraines, contribuant ainsi à la pollution de l’environnement et à la détérioration de la qualité de l’eau potable disponible pour les communautés locales. Les produits chimiques et les débris provenant des activités minières antérieures peuvent s’infiltrer dans le sol et atteindre les nappes phréatiques, entraînant des conséquences néfastes pour la santé publique à long terme.

Face à cette situation alarmante, il est impératif que des mesures de sécurité et de restauration environnementale soient mises en œuvre de toute urgence. Il est nécessaire de sécuriser ces puits abandonnés pour empêcher tout accès non autorisé et éviter ainsi les accidents tragiques. De la même manière, des efforts de réhabilitation doivent être entrepris pour combler ces gouffres et restaurer les zones affectées, afin de préserver l’intégrité écologique de la région et d’assurer la sécurité et le bien-être des communautés locales.

Texte: Yanda Sow

Photo: : Elhadji Ousseynou Ndiaye

envoyé spécial à Kédougou

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