PETROSEN-CRBC : Un accord de coopération contreversé

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La semaine dernière, dans un climat de renouveau des relations bilatérales entre le Sénégal et la République populaire de Chine, PETROSEN HOLDING SA a apposé sa signature sur un protocole d’accord de coopération avec China Road and Bridge Corporation Sénégal SARL (CRBC-SARL). Ce MOU, destiné à consolider un partenariat stratégique déjà bien établi entre les gouvernements des deux nations, soulève pourtant d’importantes interrogations quant à sa finalité et aux acteurs impliqués.

Selon les termes de l’accord, les deux entités s’engagent à partager leurs expertises et à développer leurs capacités techniques dans divers domaines. Parmi les axes prioritaires figurent le partage d’informations, la réalisation de projets d’envergure et la construction de réseaux de transport – aussi bien onshore qu’offshore. Un projet phare de cette coopération est le développement du Réseau Gazier du Sénégal (RGS), un ambitieux dispositif visant à optimiser l’acheminement du gaz à travers le territoire national. La signature de cet accord, cependant, soulève une question cruciale : pourquoi PETROSEN signe-t-elle ce MOU alors que le développement et la gestion du RGS relèvent normalement de la société RGS SA ?

La perplexité grandit du fait que, seulement une semaine auparavant, RGS SA avait attribué un contrat stratégique de 85 km de gazoduc reliant le site de GTA à la centrale de Gandon à un groupement composé de Sicisaldo ESPA, Enerco SPA et Micoperi SPA, pour un montant avoisinant les 182 milliards de FCFA. Cette attribution, qui intervient dans le cadre d’un appel d’offres, semble être en contradiction avec la signature du MOU par PETROSEN. Pourquoi alors ce dernier, plutôt que RGS SA, se voit confier la signature d’un accord concernant la construction de gazoducs et le développement de projets associés ?

Dans le cadre de notre investigation, Africa Petromine a tout d’abord contacté M. Pape Momar Lo, Directeur général de RGS, qui a confirmé que ce n’était pas RGS qui avait signé l’accord avec CRBC-SARL. Selon M. Lo, « le premier segment du projet, couvrant la partie nord reliant GTA à Gandon, a été attribué par RGS au groupement Sicisaldo ESPA, Enerco SPA et Micoperi SPA ». Cette clarification oriente désormais l’attention vers PETROSEN HOLDING SA, que nous avons pu joindre après plusieurs tentatives.

Un cadre de PETROSEN, bien que lié par des clauses de confidentialité, a accepté de commenter la situation. Il a expliqué que l’accord signé avec CRBC-SARL concernait plusieurs projets, notamment la construction de gazoducs, et que le projet de gazoduc de GTA, long de 400 km, était divisé en quatre segments – jaune, vert, bleu et orange. Le premier contrat, relatif au segment nord reliant GTA à Gandon, a ainsi été matérialisé par une procédure distincte, tandis que l’accord de coopération ne représente pour l’instant qu’un MOU. Ce dernier définit les bases d’une coopération future sans pour autant attribuer immédiatement les autres segments à CRBC ou à un autre acteur.

Malgré ces éclaircissements, de nombreuses interrogations subsistent. L’essentiel de la polémique réside dans le choix de PETROSEN pour la signature de ce MOU, alors que le Réseau Gazier du Sénégal, dont la mission première est de construire et d’exploiter les infrastructures de transport du gaz, n’est pas directement impliqué dans cette démarche. Pourquoi PETROSEN se substitue-t-elle à RGS SA dans ce partenariat ? Est-ce une stratégie visant à centraliser la gestion des projets de construction de gazoducs ou un repositionnement plus large dans le secteur de l’énergie par la société pétrolière nationale ?

Ces questions trouvent une résonance particulière dans le contexte actuel, où le Sénégal se positionne comme un hub énergétique en Afrique de l’Ouest. La coopération avec la Chine, tout en offrant des perspectives d’investissements et de transferts technologiques, demeure complexe et parfois opaque. L’initiative de PETROSEN, bien que structurée comme une base de coopération, alimente ainsi les spéculations sur une possible redéfinition des rôles entre les entités nationales dans la gestion du réseau gazier.

À l’heure où les négociations et les projets se multiplient, l’accord signé par PETROSEN HOLDING SA avec CRBC-SARL reste source d’ambiguïtés. Alors que le contrat de 85 km de gazoduc est déjà en cours d’exécution par RGS SA avec d’autres partenaires, le MOU signé par PETROSEN pourrait présager une intégration plus large des projets d’infrastructures énergétiques. Pour l’instant, malgré les éclaircissements obtenus sur le terrain, plusieurs zones d’ombre subsistent quant aux responsabilités et aux futurs arbitrages dans la construction du réseau gazier national. Une surveillance accrue et de nouvelles informations seront nécessaires pour mieux comprendre les enjeux de ce partenariat stratégique, qui pourrait remodeler le paysage énergétique du Sénégal dans les années à venir.

Yanda Sow

 

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