Justice sociale : CAJUST interpelle l’État et renforce les communautés face aux défis du secteur extractifs

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La justice sociale dans le secteur extractif a dominé les débats lors d’une rencontre organisée par le Citoyen Actif pour la Justice Citoyenne (CAJUST), réunissant acteurs institutionnels, société civile, experts et communautés venues témoigner des réalités quotidiennes des zones minières.

Dès l’ouverture des travaux, la directrice exécutive de CAJUST, Marème Mbacké, a donné le ton d’un diagnostic sans concession. Elle a souligné que, malgré les efforts institutionnels, « les inégalités sociales persistent dans les zones minières, la redistribution des revenus reste insuffisante, et les impacts environnementaux et sanitaires continuent de fragiliser les communautés ». Pour elle, ces urgences « doivent être prises à bras-le-corps par l’État » si le Sénégal veut éviter que l’exploitation de ses ressources ne creuse davantage les fractures territoriales.

La rencontre avait pour objectif de revisiter les engagements publics envers les populations affectées et de questionner l’efficacité des mécanismes créés pour soutenir les collectivités, notamment les fonds miniers. Marème Mbacké a insisté sur l’obligation d’intégrer désormais la gouvernance climatique, la justice distributive et l’équité territoriale dans toute politique liée aux ressources naturelles. « On ne peut plus dissocier exploitation des ressources et justice sociale », a-t-elle martelé, rappelant que les populations « ne peuvent plus se sentir exclues des bénéfices générés sur leurs propres terres ».

Le président du Comité national ITIE-Sénégal, Thialy Faye, a salué cette démarche citoyenne qu’il décrit comme « un moment essentiel pour replacer la justice sociale au centre du débat public ». Il estime que cet idéal est partagé par l’ensemble des acteurs, État, société civile, entreprises – mais se heurte encore à des pratiques insuffisamment régulées. Il a rappelé que les rapports ITIE mettent en lumière un constat préoccupant : « les communautés ne sont pas toujours respectées par certaines entreprises extractives, et c’est une réalité que nous ne devons plus cacher ».

Revenant sur les perspectives à long terme, Thialy Faye a souligné que la Vision Sénégal 2050 marque un tournant avec l’introduction d’une orientation décisive : la transformation locale des ressources. « Cette orientation n’est pas un slogan. Elle doit créer des emplois, générer de la valeur sur place et offrir un véritable retour aux territoires qui portent le poids des impacts », a-t-il affirmé.

Il rappelle que la justice sociale repose sur trois piliers non négociables à savoir une redistribution équitable des revenus, une participation citoyenne active et le respect intégral des droits humains environnementaux comme fonciers. « Nous devons construire un modèle où les ressources profitent réellement aux Sénégalais. C’est un devoir moral et une responsabilité collective. »

Au fil des interventions, une préoccupation centrale est revenue de manière insistante : l’écart entre les discours institutionnels et la réalité vécue dans les villages affectés. Perte de terres, pollution, impacts sur la santé, promesses non tenues : autant de facteurs qui entretiennent la frustration et nourrissent les tensions entre communautés, entreprises et autorités locales. Les participants ont plaidé pour un suivi rigoureux des engagements et une régulation plus exigeante, estimant que seule une gouvernance inclusive permettra d’éviter « le paradoxe de l’abondance », où un pays riche en ressources peine à en faire bénéficier sa population.

En fin de journée, l’attention s’est tournée vers un enjeu environnemental émergent mais encore peu discuté dans le débat public : les émissions de méthane liées aux futurs projets pétroliers et gaziers du Sénégal. Plus tôt le matin, à Thiès, le CAJUST avait mené une séance de sensibilisation auprès des communautés vivant dans les zones concernées. Marème Mbacké y avait alerté sur « le risque réel que représentent les émissions de méthane », rappelant que ce gaz est « 80 fois plus nocif que le CO₂ à court terme ». Elle a insisté sur le fait que les populations doivent être outillées pour comprendre et suivre les activités des opérateurs, car « la réussite de la transition énergétique et la protection des communautés exigent une transparence totale sur les impacts climatiques des projets ».

Le CAJUST a échangé avec les leaders communautaires sur les mécanismes d’alerte environnementale et les moyens de documenter les effets potentiels de l’extraction. « Informer, c’est déjà protéger », a résumé Marème Mbacké, soulignant que les populations doivent se préparer à défendre leurs droits dans un secteur où les déséquilibres de pouvoir restent prononcés.

La journée s’est terminée sur un appel collectif à renforcer la coopération entre l’État, les entreprises et la société civile afin que l’exploitation des ressources naturelles ne crée ni injustices nouvelles ni frustrations durables. Justice sociale, transformation locale et vigilance environnementale constituent désormais, selon les acteurs présents, les piliers indispensables pour bâtir un secteur extractif réellement au service des populations.

Yanda Sow

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