Plusieurs pays africains se sont réunis au Sénégal à l’occasion de la 4e édition de la Conférence des Peuples Africains (APCC) qui se tiend au Sénégal du 7 au 10 Octobre, un rassemblement essentiel pour dénoncer ce que beaucoup appellent la « COP des présidents » et l’industrie extractive, qui ne servent que les intérêts des élites et des grandes entreprises, au détriment des communautés locales.
Organisée par Lumière Synergie pour le Développement (LSD) et Africa Climate Justice Groupe, cette conférence se veut une véritable « Contre-COP », où les voix des peuples africains sont enfin entendues.
L’APCC est un espace pour que les communautés africaines, les premières victimes des crises climatiques, puissent discuter de l’impact réel des décisions prises lors des COP officielles, lesquelles sont souvent perçues comme étant déconnectées des réalités locales. Nahounou Daleba, membre des Jeunes Volontaires pour l’Environnement en Côte d’Ivoire, l’a souligné lors de son intervention : « Nous sommes ici pour dénoncer une COP qui n’écoute que les présidents et les grandes entreprises. Les communautés, elles, sont en première ligne face aux effets dévastateurs du changement climatique, et leurs voix sont systématiquement ignorées. »
Les participants ont dénoncé l’industrie extractive, qui, sous couvert de développement, exploite les ressources naturelles africaines sans apporter de bénéfices tangibles aux populations locales. Aly Sagne, un leader clé du mouvement pour la justice climatique, a déclaré : « Ces projets menés par les grandes entreprises internationales ignorent totalement les droits des communautés. Ils ne servent qu’à enrichir l’industrie extractive, tout en dévastant l’environnement et en aggravant la pauvreté dans nos régions. Nous devons lutter contre cette exploitation et exiger que les droits des communautés soient respectés. »
En plus des critiques envers l’industrie extractive, les peuples africains réunis à cette « Contre-COP » ont discuté de l’impact concret du changement climatique sur leurs vies. L’érosion côtière, la désertification et les inondations sont des problèmes majeurs qui affectent plusieurs régions du continent. Des villages entiers disparaissent à cause de la montée des eaux, tandis que l’avancée du désert menace les terres agricoles, précipitant la crise alimentaire.
Nahounou Daleba a parlé de l’urgence climatique que vivent les populations africaines. « Nous perdons nos terres agricoles à cause de l’érosion côtière, et nos parents ne reconnaissent plus les saisons. La désertification progresse, et cela affecte directement nos moyens de subsistance, » a-t-il expliqué. Des régions comme Bargny, au Sénégal, voient leurs villages menacés par l’avancée de la mer, avec des maisons et des cultures qui disparaissent, détruisant des communautés entières.
Les inondations, qui se multiplient en raison des pluies imprévisibles, aggravent également les crises humanitaires en Afrique. Ces événements extrêmes sont liés à la dégradation environnementale, mais aussi à des décisions politiques qui, comme l’a rappelé Aly Sagne, « privilégient toujours l’industrie extractive au lieu d’investir dans des solutions durables et résilientes. » Il a ajouté : « Les États doivent cesser de soutenir ces industries qui détruisent nos ressources et amplifier la crise climatique. »
Une Plateforme pour les Peuples : Propositions pour une Justice Climatique
La Conférence des Peuples Africains est bien plus qu’une simple dénonciation des injustices. Elle est un espace où les communautés africaines proposent des solutions durables pour faire face aux crises écologiques.
Aly Sagne a mis en avant la nécessité de s’éloigner des énergies fossiles comme le charbon, souvent imposées aux pays africains, pour favoriser des alternatives locales, telles que l’agroécologie. « Nous devons retourner à des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. L’agroécologie paysanne est capable de nourrir non seulement l’Afrique, mais le monde entier, » a-t-il affirmé.
Nahounou Daleba a également souligné l’importance de repenser notre modèle de consommation. « L’extractivisme ne profite pas aux Africains. Nous devons revoir notre manière de consommer, privilégier des pratiques durables et stopper la course à l’exploitation de nos ressources, » a-t-il insisté.
Cette 4e édition de l’APCC a réaffirmé l’importance de l’engagement collectif pour la justice climatique en Afrique. Les peuples africains, qui subissent de plein fouet les effets du changement climatique, appellent à une justice qui place leurs voix au centre des décisions mondiales. « Nous ne voulons plus être les victimes silencieuses de politiques qui nous ignorent. Nous avons des solutions à proposer, et nous sommes prêts à nous battre pour que nos droits soient respectés, » a conclu Nahounou Daleba.
En rassemblant plusieurs pays africains au Sénégal, cette conférence marque un tournant dans la lutte pour la justice climatique. Elle met en lumière la nécessité d’inclure les peuples dans les processus décisionnels et de lutter contre une COP qui défend les intérêts de l’industrie extractive et des élites, au détriment de ceux qui souffrent le plus de la crise climatique
Yanda Sow