La coalition Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) a lancé, à Dakar, une étude stratégique sur les minéraux critiques intitulée « Minéraux critiques et transition énergétique au Sénégal : documenter les enjeux et anticiper les défis ». L’atelier de lancement a réuni autorités publiques, parlementaires, société civile, experts et partenaires techniques autour d’un même objectif notamment poser les bases d’une gouvernance transparente et inclusive des ressources stratégiques liées à la transition énergétique.
Dans un contexte de forte demande mondiale en minéraux critiques indispensables au développement des énergies renouvelables le Sénégal dispose d’un potentiel encore peu documenté, notamment pour le manganèse, le lithium et d’autres ressources stratégiques. Une opportunité économique réelle, mais qui comporte également d’importants risques environnementaux, sociaux et territoriaux.
À travers cette étude, la PCQVP entend documenter les enjeux liés aux minéraux critiques, renforcer la transparence, sensibiliser les communautés et outiller la société civile pour un meilleur suivi des engagements pris par les acteurs publics et privés.
Pour Pape Fara Diallo, président de la PCQVP, l’enjeu est clair : éviter les erreurs du passé. « Les minéraux critiques sont au cœur de la transition énergétique. Il est donc essentiel que le Sénégal anticipe leur exploitation afin que les retombées économiques profitent réellement au pays, tout en limitant les impacts négatifs sur l’environnement et les populations », a-t-il déclaré.
Il souligne que cette initiative s’inscrit dans une logique d’accompagnement de l’action publique « Notre rôle, en tant que société civile, est d’apporter une contribution constructive à l’État, en mettant en lumière les opportunités, mais aussi les risques liés à ces ressources stratégiques ».
Particularité de cette étude : elle est co-élaborée avec l’État du Sénégal, notamment les ministères en charge de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Énergie, du Pétrole et des Mines. L’Assemblée nationale y est également associée à travers la Commission Énergie et Ressources minérales.
Présent à l’atelier, Diogomaye Sène, vice-président de ladite commission, a insisté sur le rôle que le Parlement entend jouer dans l’exploitation des résultats. « Cette étude permettra aux parlementaires de mieux exercer leur mission de contrôle de l’action gouvernementale et d’adapter le cadre législatif aux enjeux des minéraux critiques », a-t-il affirmé.
Il qualifie par ailleurs la PCQVP de partenaire stratégique du Parlement et apprécie à sa juste valeur l’importance de cette précieuse collaboration « Son expertise indépendante et son travail de terrain constituent des apports essentiels pour éclairer les débats parlementaires et orienter les décisions publiques ».

Représentant pays de l’African Climate Foundation (ACF), Lamine Cissé a mis en lumière un défi majeur qui est l’insuffisance de données fiables sur les minéraux critiques au Sénégal.
« La disponibilité et surtout la fiabilité des données constituent un véritable obstacle à une bonne gouvernance du secteur. On ne peut pas planifier une transition énergétique crédible sans une base d’informations solide », a-t-il souligné.
Selon lui, l’étude portée par la PCQVP vise justement à combler ce déficit de connaissance et à améliorer la qualité des données disponibles pour éclairer la prise de décision.
Alors que le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) occupe une place centrale dans la stratégie nationale, la question des minéraux critiques reste encore marginale. À ce jour, environ sept permis actifs ont été délivrés pour l’exploitation de ressources comme le manganèse et le lithium.
L’étude ambitionne d’évaluer le potentiel économique réel de ces minéraux, tout en analysant les enjeux sociaux, environnementaux et territoriaux qui y sont associés. Elle débouchera sur des recommandations stratégiques destinées à nourrir le dialogue entre l’État, le Parlement, la société civile et les communautés locales.
Confiée à un cabinet spécialisé, l’étude s’étendra sur huit semaines et reposera sur une méthodologie en quatre phases, incluant l’analyse de sites stratégiques. Les experts ont insisté sur la nécessité de disposer d’une cartographie claire et actualisée des minéraux critiques, dans un contexte mondial marqué par l’explosion de la demande en terres rares, essentielles aux technologies vertes.
À terme, cette étude se veut un outil d’anticipation et d’aide à la décision, afin que l’exploitation des minéraux critiques contribue réellement à une transition énergétique juste et durable au Sénégal.
Mediop