À Dakar, la quatrième édition des Journées du Contenu Local (JCL) s’est ouverte sous le signe d’un appel fort : celui du ministre du Pétrole et des Énergies, M Birame Souleye Diop, invitant le Sénégal à bâtir des champions nationaux capables de porter l’ambition de la Vision 2050.
A l’occasion de l’ouverture officielle des JCL organisé par le Comité National de Suivi du Contenu Local (CNSCL), le ministre a clairement posé le cadre. « Nous devons promouvoir des champions nationaux solides, visibles et compétitifs, parce que ce sont eux qui permettront au contenu local de devenir une réalité économique », a-t-il déclaré.
Pour le ministre, l’enjeu dépasse les frontières. Il appelle à « réfléchir en termes communautaires », rappelant la portée stratégique du protocole signé en janvier avec la Mauritanie pour harmoniser les textes sur le contenu local dans le cadre du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Une démarche qu’il présente comme un modèle de coopération régionale et un socle pour renforcer la compétitivité collective.
Monsieur le ministre a également détaillé les trois leviers qui doivent accompagner l’émergence de ces champions nationaux. Le premier est celui du capital humain « Le potentiel du contenu local ne pourra s’exprimer que si nous disposons d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, capable d’occuper des postes stratégiques ».
Il annonce la poursuite de la création de passerelles entre école et industrie, le renforcement des programmes de certification et la promotion d’institutions de formation spécialisées. Le deuxième levier concerne le tissu entrepreneurial local, que l’État veut davantage accompagner pour faciliter l’accès aux marchés extractifs, renforcer leurs capacités et consolider leur compétitivité. Le troisième, enfin, touche à la gouvernance, qui doit devenir « modernisée, transparente et efficace » afin d’installer durablement la confiance et la performance.
Cette approche trouve un écho direct dans l’intervention de M Mor Bakhoum, président du Comité National de Suivi du Contenu Local (CNSCL). Il partage la nécessité de promouvoir des champions nationaux, mais y ajoute une dimension essentielle qui est l’effet de ruissellement pour une prospérité partagée. « Lorsque des champions émergent, ils entraînent avec eux tout un écosystème sous-traitance, emplois locaux, montée en compétences, investissements territoriaux », souligne-t-il.
Pour lui, la Vision 2050 exige une stratégie nationale de contenu local « plus cohérente, collaborative et adaptée aux réalités sectorielles ». Il rappelle que sans investissement massif dans la formation, la certification et le développement des compétences, aucun champion ne pourra émerger durablement.
Sur le terrain, les premiers résultats se font sentir, notamment dans le secteur minier où les obligations de contenu local produisent des réponses plus favorables aux entreprises nationales. Le CNSCL multiplie les contrôles, ateliers et échanges pour accompagner cette transition. « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’encourager un changement structurel », insiste M Mor Bakhoum.
Les discussions ont également été marquées par l’intervention de M Biame Soulèye, figure du secteur extractif, qui a rappelé avec force l’urgence d’identifier et d’accompagner des champions nationaux. « Sans cela, le contenu local restera un concept, pas une réalité », a-t-il averti, appelant à une appropriation plus affirmée des chaînes de valeur par les entreprises sénégalaises.
Au fil des échanges, une conviction s’est imposée pour M Diop pour qui le contenu local n’est plus un simple cadre réglementaire, mais un choix politique. Un instrument de souveraineté économique, de redistribution et de justice sociale.
À l’issue de cette première journée des Journées Contenu Local, le Sénégal progresse, mais doit accélérer la cadence. L’entrée en production imminente du gaz de GTA, la montée en puissance du secteur minier et les ambitions régionales imposent de consolider les acquis. La Vision 2050 trace la voie ; les champions nationaux, la coopération régionale et l’investissement dans le capital humain devront en être les principaux moteurs.
Yanda Sow


